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Se serrer les coudes
Sombre Clair

Se serrer les coudes

Loin des bonnes résolutions habituelles, et si notre seul leitmotiv pour cette nouvelle année était, en attendant de pouvoir nous serrer dans les bras les uns les autres, de se serrer les coudes ?

Nous venons tout juste de tourner la page d’une année unique à bien des niveaux. Malgré les difficultés éprouvées par chacun, l’expérience du confinement a motivé un grand nombre de Français à s’ouvrir davantage aux autres. Selon la 3ème édition du Baromètre de la fraternité réalisé en mai 2020, ils seraient plus motivés à l’idée de s’ouvrir à des personnes de milieux différents du leur, et témoigneraient d’une envie croissante d’aider. 

De nombreuses initiatives sont nées durant le 1er confinement.

Comment être solidaire ? 

Si on analyse bien ses comportements au quotidien, on est tous un peu solidaire. En étant vigilant à sa consommation, à son mode de vie, en s’engageant dans une association en relayant des informations… il existe de multiples façons de rendre ce monde plus juste, que ce soit auprès des plus démunis, des personnes malades, isolées ou encore pour préserver l’environnement ou le patrimoine. On peut donner de l’argent, mais aussi de son temps ou encore partager ses compétences. 

Mais comment maintenir l’élan qui s’est exprimé durant cette année particulière ? « Si on veut que cette solidarité perdure, il va falloir passer un cap pour que les personnes fragilisées deviennent actrices des projets mis en place, explique Philippe Wattier, adjoint au Maire de Reims. La Ville agit en tant que facilitatrice entre les différents acteurs et plusieurs actions sont menées. Mais, la lutte contre l’isolement et les différentes formes de précarité doit passer par des lieux d’insertion, des tiers-lieux à dimension sociale, afin de renouveler les modèles de solidarité. » 

Vous avez envie de vous engager mais vous ne savez pas comment procéder ? Contactez les associations de vos villes, répondez aux appels à bénévoles, … Vous pouvez également décider de lancer vous-même des actions pour créer une dynamique solidaire.

Les effets de la crise sanitaire

La crise sanitaire et les difficultés auxquelles nous avons tous été confrontés ces derniers mois ont révélé notre capacité à être solidaires. Elles ont notamment mis un coup de projecteur sur des situations complexes dont beaucoup n’avaient pas réellement conscience. La réalité des conditions de travail des soignants, la fragilité et l’investissement des entrepreneurs, l’exposition aux violences de ceux qui ne sont pas en sécurité dans leur foyer, l’impact encore plus important sur le quotidien de ceux qui étaient déjà les plus démunis… des situations qui ont poussé et qui poussent de plus en plus de Français à agir.

Crise sanitaire et solidarité : 77% des Français veulent s’ouvrir davantage aux autres.

Lutter contre la précarité menstruelle

En décembre dernier, Aline Hanot, coach certifiée et animatrice du réseau Protéine au féminin à Reims, a lancé une grande collecte de produits d’hygiène féminine. Une réussite puisque c’est l’équivalent de trois coffres de voitures de serviettes hygiéniques, boîtes de tampons et autres produits qui ont ainsi été remis à l’antenne des Restos du Cœur de Reims.

Selon l’association Règles élémentaires, 1,7 million de femmes sont victimes de précarité menstruelle en France
Aline Hanot (à gauche) – Coach certifiée et animatrice du réseau Protéine au féminin à Reims.

«L’idée m’est venue lorsque j’ai appris la décision de l’Écosse d’imposer la gratuité des produits d’hygiène féminine. J’avais alors à mes côtés une stagiaire étudiante en communication, Marine, je me suis dit que c’était un beau projet à monter ensemble, notamment pour mobiliser le réseau Protéine au féminin. Ayant été bénévole auprès des Restos du Cœur, je sais que les produits d’hygiène manquent beaucoup, et encore davantage ceux pour les femmes. Nous avons donc décidé de faire une collecte, avec plusieurs points à Reims et Châlons-en-Champagne. Nous avons reçu un bon accueil de la part du public, les gens avaient surtout beaucoup de questions. On sent que chez les jeunes ce n’est plus un tabou, mais ça le reste encore un peu pour d’autres générations. Un monsieur assez âgé nous a même demandé dans quel rayon il pouvait trouver ces produits pour les offrir. Le réseau s’est mobilisé, les médias locaux ont relayé l’action, nous sommes vraiment contentes du résultat. Cela nous a donné envie de poursuivre et de lancer de nouvelles actions dans le courant de l’année.»

S’investir auprès des personnes malades

Cette année peut-être encore davantage, la santé fut l’une des premières préoccupations des Français. Mais bien avant l’arrivée de la COVID-19, ils étaient nombreux à s’impliquer aux côtés des malades comme des soignants.

Dons aux associations, mais aussi participation à des actions de sensibilisation, visites dans les établissements de santé : le champ de la solidarité est immense. Nous pouvons tous être des acteurs importants du parcours de soin et du processus de guérison. Amélioration des conditions d’accueil, bien-être apporté aux patients, écoute et partage : on peut agir à de multiples niveaux.

Bernard Bojanek – Accordéoniste et musicothérapeute

«Depuis le confinement du printemps, je n’ai cessé d’imaginer des solutions, d’ouvrir des canaux de communication dans le cadre de mes connaissances en musicothérapie. J’ai décidé d’intervenir à distance auprès de personnes âgées placées en structures hospitalières de façon bénévole afin de maintenir le lien social. Je voulais simplement vivre, me rendre utile et exister ! Je me suis occupé de neuf personnes durant dix semaines : j’ai fait chanter des personnes dans un simple téléphone. L’avantage de cette technique est qu’il n’y a pas de regards, de complexes, de frustrations ni de jugements. La personne peut s’exprimer librement, lâcher prise, se décrocher du texte sans crainte d’être observée, vivre intensément dans l’ici et maintenant. Les tensions se relâchent et il y a une réduction de l’anxiété et du stress. J’ai ensuite pratiqué en visioconférence et j’ai pu aller jouer quelques airs de musique dans les parcs aux abords des maisons de retraite. En fin d’année, je me suis rapproché des représentants locaux de l’Église et j’ai pu concrétiser une initiative spirituelle originale, toujours dans le but d’accompagner les personnes malades, dépendantes ou isolées.»

La musicothérapie afin de soulager les maux.
Le Centre Ressource de Reims travaille pour le mieux-être des personnes touchées par le cancer.

Un centre ressource pour les personnes souffrant d’un cancer

Ouvert à Reims depuis mai 2017, le Centre Ressource est un lieu d’accueil et d’accompagnement pour les personnes atteintes par le cancer, et leurs proches. L’équipe de bénévoles s’investit pour le mieux-être des bénéficiaires, en proposant notamment des moments de partage et d’écoute, mais aussi une multitude d’activités bien-être, ainsi qu’un soutien psychologique. On y trouve ainsi de la psychologie par le chant, de la sophrologie, de l’ostéopathie, … avec toujours pour objectifs de se détendre, se retrouver et se reconstruire au cours et après le traitement de la maladie.

Voir aussi

Créer des lieux pour soutenir les malades et les aidants

Créer des lieux pour accueillir personnes malades et entourage : une solidarité nécessaire au bien-être des patients.

Un projet de création d’un Village Champenois accueillant des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer est lancé à Châlons-en-Champagne depuis 2019. C’est le groupe Débattre et Agir à Chalons (DAC), créé il y a 3 ans, qui en est à l’origine. 

La prise en charge de ces patients est en effet loin d’être optimale et des manques apparaissent dans le parcours de soin. Il n’y a par exemple pas de solutions intermédiaires entre le domicile et le placement en EPHAD. Des patients voyant leur situation se dégrader vont ainsi rester chez eux, aux bons soins de leur conjoint, de leur famille. Ces fameux aidants dont on parle tant ces dernières années et qui se retrouvent dans des situations extrêmement difficiles. Un chiffre reflète cruellement cette problématique : 40 % des aidants vont mourir avant la personne aidée. Ce projet a aussi pour objectif de prendre en charge les patients les plus jeunes. S’inspirant du Village Landais ouvert en 2020, le projet champenois avance à grands pas, porté par les institutions du territoire. La Mairie de Châlons-en-Champagne, le Président de l’agglomération, le Président du Département de la Marne mais aussi le Gérontopole « Bien vieillir en Champagne-Ardenne » et la Fondation Médéric Alzheimer soutiennent ce projet. Après un lancement officiel en septembre 2019 sur la Foire de Chalons lors d’un colloque dédié, un comité de pilotage a été constitué. Malgré la Covid, une étude de faisabilité vient de débuter, avec un rendu espéré d’ici 6 mois.

Gérard Berthiot – Médecin, Président de Débattre et Agir à Châlons

«Ce Village Champenois sera le deuxième en France, le tout premier dans la région Grand Est et le troisième ou quatrième en Europe. En mars 2019, cinq membres de la DAC ont été reçus par le Directeur de la Solidarité Départementale des Landes pour mieux comprendre le projet mis en place ; l’étude de faisabilité vient d’être lancée, nous sommes dans une bonne dynamique et, surtout, nous sommes très satisfaits de voir l’engouement de beaucoup de partenaires et de structures. Ce projet ne concerne pas que Châlons-en-Champagne, mais bien tout le département, voire même au-delà. Nous avons fait le choix d’un village inclusif dans la vie de la cité. L’idée est de pouvoir accueillir les personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer mais aussi leurs aidants. Nous allons nous appuyer pour cela sur le tissu associatif local : ce projet a déjà commencé à créer du lien. Nous aurons bien entendu besoin de bénévoles – ils sont très impliqués sur le projet de Dax – et nous travaillons pour cela avec France Alzheimer. Ce projet sera aussi porteur d’emplois, il va ainsi falloir constituer une équipe de soignants pour accueillir les bénéficiaires.»

Au-delà des frontières

Christine Séjean est partie au Liban pour aider sur les chantiers de reconstruction, via l’ONG Offre Joie.

La solidarité ne s’arrête pas à nos frontières et certains n’hésitent pas à prendre l’avion pour apporter leur aide aux populations en souffrance. Le 4 août 2020, des explosions dévastaient le port de Beyrouth et plusieurs quartiers de la capitale libanaise. À Reims, Christine Séjean, franco-libanaise, souhaite agir afin de soutenir ceux qui ont été touchés : « ce fut un choc de voir la ville où je passais tous mes étés à moitié détruite ». Des envois de colis s’organisent depuis Paris, Christine va profiter d’un déplacement dans la capitale pour lancer une collecte à Reims. Une boîte est déposée dans un bar, un post sur les réseaux sociaux explique les besoins en médicaments et produits de première nécessité : « Finalement, je suis partie avec deux énormes valises. Je me suis dit que ce n’était pas assez et que l’on pouvait faire plus. J’ai imaginé qu’en 1 semaine, on pouvait remplir une voiture entière ». Cette deuxième collecte sera relayée plus de 90 fois sur Facebook et par les médias locaux. Plus de 10 boîtes seront à la disposition des donneurs à Reims et à Châlons-en-Champagne. C’est une camionnette de 6m3 qui prendra la route de Paris pour apporter les dons de dizaines de personnes et même d’associations : « J’ai senti que les gens voulaient faire quelque chose, mais que beaucoup ne savaient pas comment s’organiser. Les points de collecte dans différents lieux semblent être une bonne solution. »

Partir pour mieux s’impliquer

Dévastée par deux explosions, Beyrouth peut compter sur des dizaines de bénévoles pour prêter main-forte aux équipes sur place.

Christine est contente des collectes réalisées, mais elle souhaite s’engager encore davantage. En novembre dernier, elle décide de partir à Beyrouth. « Avant le départ, j’ai créé et édité des affiches vendues au bénéfice de “La voix de la femme libanaise”, une association fondée par ma grand-mère au Liban. Grâce à la générosité des gens, j’ai pu leur remettre un chèque de près de 1 500 € ». Une fois sur place, Christine s’engage aux côtés de l’ONG « Offre Joie » pour aider à la reconstruction. « Notre mission en tant que bénévole est de préparer le terrain au mieux pour faciliter les choses pour les professionnels. On montait des parpaings en faisant des chaînes d’êtres humains. Nous étions une trentaine chaque jour, encadrés par les membres de l’ONG. Il y avait des étudiants de Science-Po qui étaient là depuis 2 mois, d’autres depuis janvier, juin. J’ai croisé des Japonais, des Italiens, des Espagnols. Ce fut une toute nouvelle expérience pour moi, j’ai redécouvert ce pays sous un autre jour. Je vais y retourner, et m’investir encore pour aider davantage. »

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